#PasVotreTrophéeDeLaDiversité, une lettre ouverte à Impact Campus et l’ensemble de la communauté UL

En tant que personnes racisées évoluant dans un milieu universitaire qui nous invisibilise déjà assez, nous écrivons cette lettre ouverte afin de dénoncer des agissements ancrés dans l’UL, de sa communauté à ses structures institutionnelles.

Dans cette lettre, nous ciblons tout d’abord Impact Campus, un journal étudiant de l’Université Laval.

Ce mardi est sorti un article d’Impact Campus sur le documentaire Ouvrir La Voix, un documentaire écrit et réalisé par Amandine Gay, afroféministe d’origine française.

La couverture de cet article a été confiée à une étudiante blanche d’origine française. Dans le contexte dans lequel ce documentaire raconte les expériences de femmes noires françaises et belges, nous pouvons nous demander pourquoi le Journal n’a pas remis en question le biais d’une étudiante blanche pour couvrir la projection d’un documentaire dont les protagonistes dénoncent, entre autres, les privilèges blancs, la négation des femmes noires et le racisme de la société française.

Il n’est pas étonnant de constater le caractère surperficiel de l’article, présentant une vision sommaire et simpliste d’une réalité beaucoup plus complexe et profonde. Ce manque de profondeur n’est pas surprenant, étant donné l’absence des voix plurielles des concernées.

 

« C’est quoi ta distance? »

Pourquoi parler de biais? Il est souvent considéré que les personnes racisées détiennent une passion qui les empêchent de parler de leur propre expérience, manquant de l’objectivité jugée nécessaire par les dominant-e-s pour en parler. Par contre, celleux-ci posséderont toujours cette objectivité et cette bienveillance digne d’un paternalisme suffisant pour expliquer aux personnes racisées leurs propres oppressions. À cette dynamique, Impact Campus ainsi que les structures universitaires et étudiantes n’y font pas abstraction.

Impact Campus a eu l’occasion d’offrir la couverture de cette projection à une étudiante noire et afroféministe, mais l’argument du biais a été utilisé par l’Impact Campus pour mettre de côté cette candidature. Impact Campus est ainsi responsable d’une violence structurelle reposant sur la présupposition que les personnes racisées sont « trop biaisées » pour parler d’elles-mêmes et de leurs expériences au sein du milieu universitaire et de la ville de Québec. Cette subjectivité qui affecterait les personnes racisées à s’auto-déterminer est décrite dans l’extrait suivant d’une scène coupée d’Ouvrir La Voix :

 

Vitrine de la « diversité »

Par contre, ce Journal, dirigé exclusivement par des étudiant-e-s blanc-he-s, n’hésitera pas à utiliser (exploiter) les étudiant-e-s racisé-e-s* comme des figures de proue pour afficher un semblant d’ouverture à la diversité à condition que ces étudiant-e-s restent bien dans les cadres prédéfinis par le Journal.

Exploiter l’implication d’un-e étudiant-e en milieu universitaire et la/le considérer comme « caution noire » est une manière de reproduire les schémas de domination dénoncés dans le documentaire afroféministe Ouvrir La Voix. Par « caution noire », nous entendons par cela une personne noire exploitée par les dominant-e-s et utilisée comme vitrine de la « diversité » pour se déresponsabiliser d’une quelconque participation au racisme systémique qui perdure en milieu universitaire. Cette caution est consciemment choisie par elleux car elle correspond aux critères de docilité ne mettant pas en danger les privilèges blancs. Dans le cas où cette personne à laquelle on fait appel pour se cautionner moralement ne répond plus à ces critères de docilité, elle se retrouve totalement marginalisée. Différentes méthodes sont ainsi mises en œuvre pour la mettre au second plan afin qu’elle ne brise pas le « politiquement correct » ambiant.

 

Les pommes ne tombent pas loin du pommier.

Bien qu’Impact Campus soit responsable de ces agissements, nous considérons que cela reflète un plus gros problème d’inclusion raciale à travers les campus universitaires canadiens comme le pense Annette Henry¹, professeur de la faculté d’éducation de l’Université de Colombie-Britannique.  

Selon elle, « les étudiant-e-s racisé-e-s ont rarement l’opportunité de nommer leurs expériences ou d’apprendre dans un climat de dialogue, d’échange et de bien-être. Iels sont, par essence, invisibilisé-e-s et marginalisé-e-s. Si une perspective sur l’identité noire [et par extension, l’identité d’autres personnes racisé-e-s] se voit être présentée, elle tend souvent à être monolithique et découlant d’une vision simpliste. »

L’Université Laval ne fait pas abstraction de la dynamique présentée ci-dessus. En effet, l’essentiel des activités censées présenter les réalités que les étudiant-e-s racisé-e-s peuvent rencontrer dans le milieu universitaire, ne dresse qu’un portrait simpliste des réelles dynamiques d’oppressions, et de violences systémiques reproduites autant par les structures institutionnelles que dans les relations entre étudiant-e-s². Par ailleurs, les solutions proposées lors de ces panels/activités se concentrent essentiellement sur une vision monolithique qui, dans les luttes anti-racistes et anti-xénophobies, est une stratégie utopiste et non productive³. De plus, celle-ci ne s’attaque pas à la source du racisme systémique, mais conforte plutôt une majorité dominante dans un « politiquement correct ».

Cet article vise à fournir des outils conceptuels afin de bâtir un environnement étudiant inclusif et sécuritaire pour tou-te-s, et principalement pour les étudiant-e-s et travailleur/euses vivant des violences à caractères discriminatoires au sein de l’UL.

Il fait également partie de notre manifeste d’étudiant-e-s noir-e-s dans la communauté UL. Un article sera publié chaque semaine du mois de l’Histoire des Noir-e-s sur notre blog (RENADUL) sous la bannière du hashtag #OnParleFort (#WeSpeakLoud). Nous invitons également, à travers ce hashtag, les communautés étudiantes au Québec et ailleurs, à réclamer leur voix, leur narration ainsi que leur récit.

 

L’équipe RENADUL.

 

 

Lexique

* Le mot « racisé. e » désigne toute personne humaine, qui dans un milieu social où persiste le concept de « race sociale », se trouve essentialisée selon ladite race et subi des oppressions, des discriminations et des préjugés basés sur cette race construite par les dominant-e-s.

 

Références

¹ : HENRI Annette, 2016, Canadian campuses suffer from a lack of racial inclusionhttps://www.universityaffairs.ca/opinion/in-my-opinion/canadian-campuses-suffer-from-a-lack-of-racial-inclusion/

² : Spotted Université Laval, 2018, https://www.facebook.com/Spotted.UL/posts/1045623982245564

³: POTVIN Maryse,  CARR Paul R., 2008, La « valeur ajoutée » de l’éducation antiraciste : conceptualisation et mise en œuvre au Québec et en Ontario,https://www.erudit.org/fr/revues/ef/2008-v36-n1-ef2292/018097ar/

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